BAMAKO, le 18 Octobre 2018 – ATTARAM – Si la version d’un projet de loi portant création des circonstances administratives en République du Mali qui circule sur les réseaux sociaux depuis le 8 octobre 2018 n’a pas encore été rendue officielle par les autorités compétentes, force est de reconnaitre qu’il rencontre déjà une forte résistance d’associations, d’organisations de la société civile et de citoyens. Pour cause… 

 A l’initiative l’Association Gao Lama Borey, une coalition d’Associations du nord et du Sud dont l’Association Gao Lama Borey elle-même, l’Association des Bellas, IR GANDA, Songhoi Ganda, etc., s’est retrouvée à faveur d’une conférence de presse animée le mardi 16 juin 2018, à la Maison de la presse du Mali, pour vivement critiquer cette réforme administrative en cours qui porte à ses yeux les gênes de la partition du pays.

C’est la raison pour laquelle, cette coalition a carrément rejeté ledit projet et exigé la démission du ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Les responsables de ladite coalition accusent, à tort ou à raison, le ministre Mohamed Ag ERLAF de se cacher derrière l’Accord issu du processus d’Alger pour créer des circonscriptions, en l’occurrence des cercles qui seront tous à dominance Touareg ou Arabe et cela, au détriment des aires géographiques des autres communautés du nord. 

Et pour preuve, ce projet porté par le ministère de l’administration territorial et de la décentralisation prévoit la création de 20 régions et 10 communes pour le District de Bamako, 92 cercles contre les 49 existants et 34 cercles pour le nord. Aussi, sur ces 34 cercles il est prévu 13 cercles pour les régions de Tombouctou et Gao. 

Pour le président de l’Association Gao Lama Borey, Abdel Kader Maiga, avec une augmentation du nombre de Cercles dans les régions de Kidal, Ménaka et Taoudénit (18 en tout), chaque Cercle étant une circonscription électorale, au regard de la Loi électorale en vigueur, le nombre de représentants des populations de ces régions à l’Assemblée nationale s’en trouverait sensiblement augmenté.

Il fustige ainsi le déséquilibre subséquent : ‘’ici aussi si l’on prend le Cercle comme circonscription électorale, la Région de Taoudénit, 8 cercles (moins de 300 000 habitants) aura plus de Sénateurs que celle de Sikasso, 4 Cercles (avec plus de 1 million d’habitants)’’.

C’est pourquoi, l’association Gao Lama Borey estime que le document projet de découpage est ‘’injuste, inéquitable, unilatéral et attentatoire à l’unité nationale, à la cohésion sociale, à la paix et à la prospérité du Nord du Mali’’.

En effet, le regroupement remet en cause les critères du découpage : « Démocratiquement, comment une majorité de la population du nord du Mali à 90% pourrait se retrouver avec 8 députés alors que la minorité (10%) se tape 32 députés ? » s’est indigné Abdel Kader MAÏGA.

Les conférenciers reprochent également au ministre Ag ERLAF de prétendre morceler la région de Gao pour la réduire au lit du fleuve Niger ; d’amputer le cercle d’Ansongo de deux communes pour en faire des cercles. Pour cette association, les préoccupations sont clairement orientées vers les aspects ethniques et de privilège territorial.

Pour les conférenciers, il s’avère nécessaire d’aller à une consultation inclusive dans le cadre d’une concertation nationale pour sauver l’unité et la cohésion nationale.

Hissée en position défensive, l’association Gao Lama Borey informe de sa décision de mettre en place une coalition des associations sœurs du nord et du sud pour une synergie d’action dans le cadre de la défense du caractère unitaire de l’Etat du Mali avec le respect de sa forme républicaine et la réinstauration de la cohésion sociale sur toute l’étendue du territoire national.

Pour les conférenciers, si on n’y prend pas garde, cette réforme va aboutir à la partition du pays.  Dans une contribution, Dr Choguel Maïga, tout en saluant la démarche des organisateurs, a fait la genèse de la crise tout en reconnaissant que c’est un agenda caché : ‘’il ne fait l’ombre d’aucun doute que depuis un certain temps, on travaille à la partition du pays’’. 

Avant de poursuivre, seule une lutte coordonnée par le peuple peut faire échec à ce dessein. Il a par ailleurs conclu par une recommandation en invitant les organisateurs à élargir l’action à certains Touaregs et arabes qui ne retrouvent pas en phase avec ce projet et d’éviter les amalgames.

En plus du président de Gao lama, d’autres orateurs dont Isbayty Ag AKADO, président de l’association des Bellas, Ibrahim KEBE, activiste ; Yehiya MOHAMED, secrétaire général de l’Association Songhoy Ganda Borey, Alassane Amadou représentant de l’Association Ir Gando, Mohamed Youssouf Bathily, ont tour à tour intervenu pour à la fois dénoncer, déplorer et appeler à l’action.

Pour le juriste et élu local de Bourem, Ibrahim Ikassa Maiga, en paraphrasant l’ancien Président Burkina Thomas Sankare, lance l’appel en action : ‘’ L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère’’. FIN//AO/AC/JA

ENCADRE:

LA DECLARATION LIMINAIRE 

Mesdames et Messieurs de la Presse, distingués invités, bonsoir.

Nous remercions infiniment tous les participants d’avoir répondu à notre invitation. Nous remercions également tous ceux qui ont voulu être présents mais qui n’ont pu être parmi nous pour diverses raisons.

Il nous paraît important de vous faire un bref rappel des différentes communications faites dans le but d’attirer l’attention du gouvernement malien, la communauté internationale et le peuple malien :

Vu la lettre ouverte N°2 au Président de la république du Mali en date du 12 juillet 2016 portant une déclaration forte;

Vu la lettre ouverte N°3 au Président de la république du Mali en date du 26 Septembre 2016 ;

Vu le communiqué N°4 portant les autorités intérimaires en date du 12 février 2017 ;

Vu le mémorandum N°01 adressé au Médiateur de la république en date du 14 février 2017 ;

Vu le communiqué N°5 du 28 février 2017 exprimant la déception des communautés de Gao relativement à la conduite du processus de paix ;

Vu la conférence de presse du 11 juillet 2017, portant sur la présentation des condoléances aux familles des victimes, la rétrospective de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger et notre analyse des causes profondes de la crise ;

Le 28 juin 2018 le Conseil de Sécurité des Nations Unies a décidé de prolonger d’un an le mandat de la MINUSMA tout en prévenant les parties maliennes de la prise de sanctions si elles ne respectent pas les engagements convenus.

Le 29 septembre 2018 nous avons été informés de l’existence d’un avant projet de découpage territorial au niveau du ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation.

Le 1 octobre 2018 l’association Gao Lama par la voix de son président à travers des messages vocaux en langue Sonrai, bambara et française a attiré l’attention des malien l’existence d’un projet découpage en catimini et un morcèlement programmé de notre territoire national.

Le 3 octobre 2018 les maliens ont découvert sur les réseaux sociaux un document intitulé : projet de loi N°2018 – …/ AN-RM portant création des circonstances administratives en république du Mali.

Le nouveau découpage projeté dans ce document prévoit 20 régions et un district. 92 cercles contre 49 existants. 34 cercles pour le nord et sur ces 34 cercles, Tombouctou et Gao ont 13 cercles.

De l’analyse de ce document, nous retenons que nos appréhensions sont maintenant fondées.

Mesdames et Messieurs de la Presse, distingués invités ;

L’essence de toutes ces correspondances était de sensibiliser le gouvernement du Mali, la communauté internationale et le Peuple malien tout entier, sur les dérives inhérentes à la signature de l’accord et à sa mise en application d’une part, et d’autre part, proposer des solutions pour parer à l’embrasement total du Mali voire la partition même du Mali.

Quoi qu’on puisse dire aujourd’hui, force est de constater que le caractère unitaire de la république du  Mali est menacé par une mise en œuvre non inclusive de l’accord d’Alger qui fragilise l’Etat à travers ses institutions. Ce qui conduira inévitablement à la Partition du Mali.

Nous rejetons avec force et détermination le projet de morcèlement du pays.

Les raisons de ce rejet sont les suivantes :

  1. Prenant appui sur l’injonction d’une mise en œuvre accélérée de l’Accord issu du processus d’Alger, nos autorités préfabriquent de nouvelles circonscriptions, en l’occurrence des cercles qui seront tous à dominante Touareg ou Arabe  au détriment des aires géographiques des autres communautés, alors que l’Accord n’en parle nullement ;
  2. la région de Gao est ainsi dépecée et réduire au lit du fleuve Niger par la création  d’une nouvelle région (ou cercle) dite Alata, le cercle d’Ansongo de deux communes pour en faire des cercles, à savoir Tessit et Talataye ; alors que Bourem est diminué pour créer le cercle de Ersane. La région de Tombouctou est à son tour délestée pour créer deux cercles notamment Léré et Gossi.
  3. Il est patent que cette gymnastique de création de cercles est calculée et basée justement sur l’institution d’une hégémonie arabo-touarègue dans les régions du Nord du Mali.
  4. Le caractère injuste, inéquitable et unilatéral, sans concertation des populations à la base autour du découpage ainsi projeté, est attentatoire à la cohésion sociale, à la paix et à la prospérité du Nord du Mali.
  5. De par cette boucherie territoriale, nos autorités confèrent à une minorité démographique la majorité démocratique.
  6. Démocratiquement, comment une majorité de la population du nord du Mali à 90% pourrait se retrouver avec 8 députés alors que la minorité (10%) se tape 32 députés ?
  7. Ce découpage est une bombe qui gangrènera tout le Mali car d’autres personnes ou communautés, tentent déjà et tenteront le même exercice pour leur terroir comme vous le savez déjà.
  8. L’inexistence d’une compréhension commune, de l’accord de paix issu du processus d’Alger est entrain de provoquer de graves discordes au sein de la nation malienne.

Par la présente, nous réitérons notre rejet catégorique du projet de découpage territorial du Mali, en général et en particulier, du Nord du Mali, en cours d’élaboration et nous exigeons le retrait de ce projet de découpage unilatéral dangereux pour nos Régions, en attendant que toutes les composantes de la Nation malienne soient conviées, en temps opportun et par qui de droit, à une large et inclusive consultation dans le cadre d’une concertation nationale.

Préoccupés par les menaces de partition du pays qui prennent de plus en plus corps,

Nous  associations, société civile, maliens de la diaspora, personnalités indépendantes, leaders d’opinions,

Décidons de mettre en place une coalition des associations sœurs du nord et du sud afin de conjuguer le dynamisme des initiatives individuelles de chaque entité avec le sens de l’action commune pour la défense du caractère unitaire de notre Etat, sa forme républicaine et réinstaurer la cohésion sociale sur toute l’étendue du territoire national.

Bamako, le 16 Octobre 2018

 

                                                            Pour les associations sœurs du Nord et du Sud du Mali

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