Bamako, le 20 septembre 2020 – ATTARAM – L’insécurité au centre du Mali notamment dans la région de Mopti, inquiète plus d’un. Est-il possible de ramener la paix dans cette zone ? Quelles sont les principales voies de recours possibles ?  Des populations qui vivent ensemble depuis des décennies s’entredéchirent par des conflits intercommunautaires.

Onze mille déplacés soit plus de 800 ménages ont été enregistrés à Koro dans la région de Mopti. Parmi ces déplacés on compte plus 647 enfants et 458 réfugiés du Burkina Faso. Éparpillées dans la ville de Koro, ces personnes dénoncent leurs conditions de vie et sollitent l’aide des plus hautes autorités et des partenaires.

« Notre condition de vie à Koro est très difficile » Salihou Damé, porte-parole des déplacés. « Quelques ONGs seulement nous viennent en aide, par contre pour la charge nos soins nous incombe» précise-t-il.

Des propos corroborés par le service du développement social et de l’économie solidaire. Selon les responsables de la structure, malgré l’appui des autorités et des partenaires, ces déplacés ont toujours besoin d’assistance. « Certains d’entre eux, sont en location, chose qui n’est pas facile, par ce que dans les différentes localités où ils ont quittés, ils ne payaient pas la location. Arrivé ici, c’est une nouvelle situation qui s’impose à eux. Même si on les demande 2000 f de location par mois. Ça reste difficile dans la mesure ou ce système n’existe pas chez eux» a expliqué Lamine Dolo technicien supérieur au service du développement social et de l’économie solidaire de Koro.

Depuis leur arrivée, certains de ces déplacés ont aussi bénéficié de la solidarité de la population locale en les octroie des champs à cultiver affirment les responsables du service du développement. Cependant, ils estiment que cela ne suffit pas et demande l’aide du côté des  autorités et des humanitaires.

« 11 mille déplacés qui sont dans la ville de Koro, plus 800 ménages vous voyez que c’est difficile. Et certains Dieu merci avec la population ont parvenu à avoir quelques parcelles à cultiver de la part de la population d’accueil» précise Lamine Dolo technicien supérieur au service du développement social et de l’économie solidaire. Avant d’ajouter «jusqu’à présent nous sommes entrain de chercher des partenaires pour toujours soulager la souffrance des ces déplacés par ce que personne n’a choisit cette situation donc tout le monde peut être dans cette situation qu’on ne souhaite pas».

A Gao au nord du Mali, 2219 personnes ayant fui les violences au centre du Mali se sont réfugiées dans cette localité parmi elles, 430 enfants âgés de 3 à 18 ans. Ces derniers ont bénéficié d’une scolarisation et une formation professionnelle. L’information nous a été rapportée par l’Académie d’enseignement de Gao que nous avons rencontré sur place. Selon elle, ces enfants ont été repartis entre quatre sites d’accueil des déplacés internes.

« On a apporté tout notre soutien qu’il faut prendre à bras le corps ces enfants maliens. Ils sont en quête de scolarité. On a par tranche d’âge ces enfants là de 3 à 5 ans on a 90. De 6 à 12 ans nous avons 85. De 13 à 18 ans nous avons 136 donc au total on a 430 qu’on a pu répertorié » a expliqué Sadou Abdou Directeur de l’Académie d’enseignement de Gao. Il aussi ajouté qu’une autre enquête avec une ONG a permis de découvrir 212 enfants venus de Intillit hébergés par des familles d’accueil à Gao.

Cette atrocité contre les populations civiles dans la région de Mopti s’explique par une multitude d’acteurs non étatique selon des spécialistes. À cela s’ajoute l’absence de l’administration dans ces localités.« Il y’a des conditions objectives au centre du Mali qui font que ce type d’atrocité possible. Possible par ce que vous des milices, des groupes armés non étatique sans contrôle sans regard de la part d’une autorité légale» a affirmé Ibrahim Maiga spécialiste des questions sécuritaires à l’institut d’Etudes de Sécurité de Bamako. À cette situation s’ajoute l’absence ou la faible représentation de l’état à travers ses forces de défense et de sécurité dans ces localités dénonce Ibrahim Maiga. En plus, une superposition des tensions et des conflits, tout cela fait un cocktel qui peut de temps en temps explosif précise-t-il.

Les responsables des organisations de « Guina Dogon » et de « Tabital Poulakou » préconisent le désarmement et le dialogue inter communautaire. Selon eux, la sécurisation des lieux de tension par l’armée et la bonne distribution de la justice constituent des éléments indispensables pour un retour durable à la stabilité dans la région de Mopti. Le président de l’association Guina Dogon est catégorique : « le conflit est venu d’ailleurs » « Demandez aux Peulhs pourquoi il y a cette bataille entre vous et les Dogons, ils ne pourront pas vous répondre. Demandez aux Dogons pourquoi il y a ça entre vous, ils vont dire nous ne savons pas, nous avons l’impression…Il y a des gens qui tirent certainement profit de cette situation et ils ne veulent pas que ça s’arrête », nous explique Mamadou Togo, président de l’Association « Gina Dogon ».

Pour le Président de l’association « Tabital Poulaku », ces conflits ont toujours existé et pour diverses raisons. Mais ils n’avaient pas eu autant d’ampleur, précise Abdoul Aziz Diallo. « Il y a des préoccupations foncières, il y a des préoccupations de mettre fin à l’aristocratie et à la féodalité traditionnelle, il y a des préoccupations qui sont liées à l’appropriation et à la gestion des ressources naturelles », décrit le président de l’Association « Tapital Pulaku », qui explique les causes de ces conflits.
La paix est possible par la voie du
dialogue et du pardon, croit le leader de « Guina-Dogon ». « On a tué ton frère, tu n’as pas pardonné. Tu vas tuer le frère de l’autre et l’autre aussi a un frère qui va tuer ton frère et alors la chaine de violence continue », explique Mamadou Togo, pour qui « il faudrait s’arrêter un moment, accepter le pardon et accepter le vivre ensemble ».
Le
pardon et la justice sont des aspects indispensables pour parvenir à un meilleur dialogue, ajoute de son côté le président de « Tabitaal Poulakou », Selon lui, le retour de l’État dans ces zones, la sécurisation de la région, le retour des déplacés et le désarment de toutes les milices sont plus que nécessaires. « Il faudrait que tous ceux qui détiennent des armes soient immédiatement désarmés. Tous ceux qui ont tué soient poursuivis, arrêtés et mis à la disposition des juridictions », préconise Abdoul Aziz Diallo.

Accusé d’être instrimentalisé par des hommes armés sans foi ni loi, la jeunesse des communautés peulh et dogons répliquent. “Nous ne sommes ni de près ni de loin meler dans ce conflit”. Pour cause nous sommes d’ailleurs sur des campagnes de sensibilisations pour mettre fin aux conflits entre Peulh et Dogon au centre du pays affirment la jeunesse de deux communautés. « Il faut se donner la main pour montrer la voie de la réconciliation à toutes les populations de la région de Mopti » dixit Cassimir Somboro, président de la jeunesse de l’Association Ginna Dogon

«Les dogons et les peuhls ont toujours vécu ensemble», a-t-il affirmé . Casimir Somboro, président de l’association « Gina Dogon », a appelé la jeunesse des deux communautés à refuser de céder à la violence. «Nous disons non aux suspicions, non à la menace, non à l’énervement, non à l’amalgame, non à la violence dans toutes ces formes», a-t-il déclaré.

Même message au niveau de la jeunesse de « Tabital Pulakou ». Selon elle, au delà du gouvernement, les jeunes aussi doivent prêcher des messages de paix partout.

Ibrahim Dicko, président de la jeunesse de « Tabital Pulaku », «interpelle ses camarades jeunes à mesurer leurs propos sur tous les réseaux sociaux et dans nos rues ». Car selon lui, « tout ce que nous disons peu attiser le feu de la haine ou apaiser les cœurs ». Le président des jeunes de « Tabital Pulaku » a invité tout le monde à être les ambassadeurs de la paix et non un vecteur de la haine. Les deux bureaux se sont engagés à mettre en place « un cadre franc de dialogue» Dans une déclaration conjointe lue à la fin de la rencontre, les jeunes des deux associations invitent le gouvernement à accélérer le désarmement dans cette zone.

« Trop c’est trop » déclare Pierre Buyoya haut représentant de la mission de l’Union Africaine pour le Mali et le Sahel MISAHEL. Il affirme que le moment est propice pour procéder à des sanctions contre les auteurs de ces atrocités. Pour lui, cette responsabilité incombe l’état malien et ses partenaires y compris l’Union Africaine. « Il faudrait cette fois-ci prendre des mesures que ce massacre ne répète pas. Je crois que le moment est venu de montrer que celui qui s’embarque dans ces choses puisse être sanctionné » prévient Pierre Buyoya. Pour lui, la responsabilité de l’état malien est sollicitée dans ce cas précis. «Je crois que la première mesure ressort du gouvernement malien à tous les niveaux ensuite les partenaires du Mali y compris l’Union Africaine, a apporter l’expertise qu’il y a ailleurs dans ce genre de conflit » a fait entendre Pierre Buyoya haut représentant de MISAHEL au Mali.

De son coté le gouvernement malien annonce que les traques des jihadistes se poursuivent chaque jour au centre du Mali. C’est du moins ce qu’affirme Amadou Goïta ministre de la jeunesse et de la construction citoyenne, porte-parole du gouvernement. Selon lui, cette traque s’inscrit dans le cadre du plan de sécurisation intégrée des régions du centre qui a pour objectif d’établir l’autorité malienne. Toutefois, il reconnaît que des difficultés demeurent. Amadou Goita porte-parole du gouvernement. « Aujourd’hui le combat contre le terrorisme n’est propre au Mali. Je prend l’exemple des régions du centre, nous avons aujourd’hui un Plan de sécurisation intégrée des régions du centre. Ce plan qui nous permet de faire un maillage sécuritaire en déployant des forces armées de sécurité. Puisse que ces forces du mal tentent de détruire ce qui constitue l’essentiel de la vie. Ces forces du mal nous sommes entrain de les traquer chaque jour que Dieu fait. Ces forces du mal nous sommes entrain de les éliminer, mais ces forces du mal sont souvent invisibles » a expliqué Amadou Goïta.

L’option militaire ne résout pas la crise sécuritaire au centre previent certains observateurs. C’est le cas de Ibrahim Maiga de l’institut d’études de sécurité de Bamako. «Les solutions qui sont d’être apporter aujourd’hui de mon point de vue ne prennent pas en compte l’ampleur et la complicité du phénomène. Aujourd’hui on a essentiellement une réponse qui se concentre sur le volet militaire. On estime qu’avec le plan du PSIG il y a un déploiement de militaires des plus en plus important. En espérant que cette ouverture sécuritaire puisse combler les lacunes en terme de maillage sécuritaire mais prévenir. Malheureusement les militaires ne peuvent pas être partout» prévient Ibrahim Maiga.

Des centaines des maliens ont indexé la France d’avoir créer la chaos au Mali. Son ambassadeur au Mali apporte des précisions. Il précise que la France a été appelé en janvier 2013, pour stopper l’avancée des terroristes sur Bamako. Avant d’ajouter que l’Opération Barkhane a permis de neutraliser 600 terroristes au Mali. «La France a été appelé au secours. Ce n’est pas la France qui a amené le terrorisme, qui a provoqué le terrorisme. Il n’ y a aucune responsabilité de la France dans la crise sahelo-saharienne. En 2018 ce sont 200 terroristes qui ont été tués, depuis l’opération Barkhane ce sont 600 terroristes qui ont été tués. Et une fois de plus ici nous sommes à Bamako entrain de discuter librement par ce qu’il n’y a pas de terrorisme, les terroristes ont été stoppés» a expliqué Joël Meyer, Ambassadeur de France au Mali.

Ces déplacés qui n’aspirent qu’à la paix, la sécurité et le vivre ensemble appellent les autorités maliennes à mettre fin à ces atrocités. Et cela afin qu’ils puissent regagner la terre de leurs ancêtres. «Par rapport à la guerre nous nous voulons maintenant vraiment la faim. Ça fait deux ans que nous ne cultivons pas. Le village est aussi sous l’embargo, personne ne rentre personne ne sort » a souligné Salihou Damé, porte-parole des déplacés à Koro dans la région de Mopti.

En attendant un retour à la paix dans cette région du Mali, des milliers de personnes vivent dans des conditions précaires à Bamako ainsi que les autres villes secondaires du Mali. Elles ont été contraintes de quitter leurs localités du fait de l’insécurité malgré la présence de la mission multidimensionnelle des Nations Unies pour la stabilisation au Mali “MUNISMA” mais aussi de la mise en place du plan de sécurisation intégrée des régions du centre par l’état malien. Fin // Imirana Maiga

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